Vous pensiez que décrocher votre permis était votre plus gros challenge ? Erreur ! Une fois votre carte plastifiée en main, vous devez encore trouver une voiture et vous assurer. Ce n’est pas une option, mais une obligation légale (article L 211-1 du code des assurances). Impossible de rouler en France sans être assuré à minima en responsabilité civile (on parle « d’assurance au tiers »). Cependant, comme le déplore Martin Coriat, directeur général du comparateur d'assurances Lelynx.fr, « le marché de l’assurance automobile des conducteurs novices souffre d’un paradoxe. D’un côté une population souvent jeune et désargentée. De l’autre, des primes à payer deux à trois fois plus élevées : de l’ordre de 1 000 à 1 500 euros par an en moyenne, contre 400 à 500 euros pour un automobiliste chevronné. »

Mais même à ces tarifs, vous n’êtes pas sûr de trouver un assureur prêt à vous accueillir ! Car si la bataille fait rage entre assureurs pour séduire les conducteurs expérimentés, c’est loin d’être le cas pour les novices. « Non seulement compagnies et mutuelles ne se bousculent pas sur ce segment, confirme Christophe Triquet, directeur assurance de Meilleurtaux.com, mais un certain nombre (NDLR : notamment parmi les assureurs direct ou low cost) refuse tout simplement d’assurer les novices ou pratique des tarifs volontairement dissuasifs. » Trop risqué, disent-ils ! Les autres, au nom du même argument, lorsqu’ils acceptent de vous assurer, vous appliquent le plus souvent des surprimes pouvant être très élevées puisque la loi autorise jusqu'au doublement de la prime de référence, la première année de permis (voir tableau ci-dessous). Une tarification qui tient compte du risque représenté par un conducteur novice, moins expérimenté, adepte de conduite à risque (circulation de nuit, consommation d’alcool, vitesse…) et auteur statistiquement à la fois d’un plus grand nombre d’accidents et d’une plus grande gravité. Pas de panique toutefois ! Toutes les enseignes ne pratiquent pas la même politique et certaines astuces permettent d’alléger la note.

Surprime maximum autorisée par la loi pour les conducteurs novices
Année de permis Majoration maximale de la prime de référence (permis classique)

1ère année

doublement du tarif de base (+100 %)

2e année

+ 50 % du tarif de base

3e année

+ 25 % du tarif de base

4e année

Fin de la surprime

(Source : article A121-1-1 du code des assurances)

Faire des économies grâce à la conduite accompagnée

« L’AAC (NDLR : l'apprentissage anticipé de la conduite) peut permettre de réduire de moitié la surprime appliquée habituellement aux jeunes conducteurs », confirme Martin Coriat. Résultat, au lieu d’avoir à payer une « surprime jeune conducteur » égale à 100 % de la cotisation de base la première année, 50 % la seconde année et 25 % la troisième année ; celle-ci est ramenée à 50 % la première année, 25 % la seconde et 12,5 % la troisième. Des chiffres qui font toute la différence au moment de régler votre cotisation annuelle.

Frapper à la porte de l’assurance de papa-maman

Pour décrocher sa première assurance auto, « être le fils ou la fille de » cela peut aider et faire la différence côté tarif, comme en témoigne la remise pouvant atteindre 25 % chez Axa (sur la garantie responsabilité civile et dommages tous accidents) accordée aux enfants d’assurés. « C’est aussi le cas à la MAIF où les enfants de sociétaires ne supportent aucune surprime », atteste Christophe Sabadel, chef de produit auto et mobilité à la MAIF. Une carte à jouer, mais pas toujours à valider si le positionnement tarifaire de la compagnie ou de la mutuelle vous amène à payer le prix fort.

Éviter de conduire un bolide flambant neuf et superpuissant

Si vos moyens vous le permettent, vous serez peut-être tenté de rouler au volant d’une grosse cylindrée. C’est votre droit le plus strict. Mais l’équation conducteur novice + motorisation puissante se soldera mécaniquement par l’envol de votre prime voire par un refus d'assurance, l’assureur voyant aussi ses risques grimper en flèche. Résultat, si vous voulez limiter au maximum le montant de vos primes et avoir une chance de trouver un assureur, mieux vaut commencer par vous faire la main avec une petite citadine moderne et sûre, achetée d’occasion. Car le seul fait de l’assurer « au tiers » plutôt qu’en « tous risques » peut facilement vous permettre de diviser la note par deux. A titre d’exemple, un novice de 18 ans, résident à Brest, conducteur principal d’une Renault Twingo essence achetée d’occasion verra passer sa prime de 468 à 861 euros entre une formule « au tiers » et une garantie « tous risques » à la MAIF.

Un arbitrage entre « tiers » ou « tous risques » à effectuer en fonction de la valeur de revente estimée de votre voiture, de son âge et de son kilométrage. « Attention toutefois aux fausses économies, met en garde Christophe Sabadel. Opter pour le tarif le plus bas vous expose au risque de ne pas être ou mal couvert en cas de sinistre. Or vous devez pouvoir vous rééquiper en cas de coup dur. Ainsi, sur une voiture qui a encore une certaine valeur argus, même si cela revient au départ plus cher, choisir une garantie « tous risques » peut faire sens. De même soyez extrêmement vigilants sur l’incontournable protection corporelle. Cette garantie s’avère essentielle d’autant plus pour un jeune ». En résumé, en matière d’assurance auto, plus que la chasse au meilleur prix, autant que possible, privilégiez le meilleur rapport qualité-prix.

Se déclarer comme conducteur occasionnel ou secondaire

Si après avoir décroché votre permis vous empruntez ponctuellement la voiture de vos parents (le week-end, le soir…), inutile de vous assurer comme conducteur principal et de payer une assurance au prix fort !  « La bonne option consiste à vous déclarer comme « conducteur occasionnel » ou « conducteur secondaire » sur le contrat d’assurance de votre parent, conseille Christophe Triquet de Meilleurtaux.com. Cela vous permettra de faire tourner le compteur des années d’assurance à moindres frais ». Voire gratuitement, comme c’est le cas pour les enfants des sociétaires MAIF. En pratique, pour connaître les modalités prévues au contrat de vos parents, contactez leur assureur. Celui-ci leur facturera sans doute une surprime et/ou leur appliquera une « franchise jeune conducteur » majorée. Revers de la médaille : si vous êtes déclaré comme conducteur secondaire sur le contrat de vos parents, ce sont eux qui écoperont d'un malus à chaque sinistre.

En revanche, attention ! Si vous êtes le conducteur principal du véhicule de vos parents, pas question de mentir pour alléger la note : assurez-vous comme tel. Car toute fausse déclaration peut entraîner la nullité du contrat d’assurance (article L. 113-8 du code des assurances). En clair, tout se passe alors comme si vous n'aviez jamais été assuré. En cas de sinistre (dommages corporels, vol...) l'assureur ne vous versera rien mais conservera les cotisations perçues. Pire, si vous avez déjà bénéficié de dédommagements par le passé il sera en droit d’en exiger le remboursement. Autant dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle ! Mieux vaut régler une cotisation annuelle de 1 000 ou 1 500 euros pour s’assurer comme conducteur principal plutôt que de s’exposer au risque de devoir indemniser de votre poche la victime d’un accident grave, pour des montants pouvant atteindre dix millions d’euros et plus. 

Faire jouer la concurrence

Compagnies, mutuelles, courtiers… : tous les assureurs proposent aujourd’hui sur leur site Internet d’effectuer des demandes de devis en ligne et d’accéder à leurs garanties. De leur côté, les comparateurs d’assurance comme Assurland.com, Lelynx.fr, LesFurets.com ou Meilleureassurance.com, vous donnent accès aux contrats des assureurs référencés, ce qui vous permettra de vous faire une première idée des conditions proposées et des tarifs pratiqués à plus grande échelle. Nous nous sommes prêtés à l’exercice, en nous faisant passer pour un jeune conducteur, et nous avons reçu en quelques minutes par mail des propositions de cinq assureurs pour un contrat « tous risques » et de six opérateurs pour une garantie « au tiers » avec des cotisations oscillant respectivement entre 1 485 euros et 2 582 euros et de 776 euros à 1 261 euros. Un premier aperçu à compléter par la lecture des garanties qui vous facilitera la comparaison avec l’offre de l’assureur de vos parents, par exemple.

Assurance automobile : zoom sur les tarifs

Tarifs pour un conducteur titulaire du permis depuis plus de 3 ans
Niveau de garantie Tiers Intermédiaire Tous risques

Prix proposé*

550 €

699 €

709 €

Prix souscrit*

394 €

476 €

561 €

Tarifs pour un jeune conducteur
Niveau de garantie Tiers Intermédiaire Tous risques

Prix proposé*

1368 €

1739 €

2372 €

Prix souscrit*

788 €

931 €

1108 €

* Montant moyen des contrats proposés toute enseigne confondue sur le comparateur en ligne Meilleurtaux.com.

** Montant moyen des contrats sélectionnés par les internautes sur le comparateur en ligne Meilleurtaux.com.

Regarder du côté des formules « pay how you drive » ou « pay as you drive » ?

De quoi s’agit-il ? « D’offres dites télématiques, détaille Christophe Triquet, directeur assurance de Meilleurtaux.com. L’apport de la technologie, grâce à un boîtier placé dans le véhicule ou à une appli mobile, permet à l’assureur de connaître votre comportement au volant. Sur la base des informations collectées (accélérations/décélérations, virages, modes de conduite (nuit, jour, semaine / week-end…), etc.) l’assureur apprécie son niveau de risque et fixe sa prime en conséquence ». En quoi cela peut-il intéresser les jeunes conducteurs ? « Avec ces dispositifs, explique Martin Coriat, directeur général de Lelynx.fr, les assureurs peuvent désormais identifier les « bons » jeunes conducteurs et ainsi les gratifier d’économies substantielles pouvant représenter jusqu’à 50 % du montant de la prime de base. » Encore expérimentaux, ces contrats auto connectés sont d’ores et déjà proposés par des acteurs historiques comme Allianz (Allianz Conduite connectée, ACc), Direct Assurance (YouDrive) et Amaguiz (Road Coach). Mais tous n’acceptent pas les novices, c’est notamment le cas de Amaguiz, filiale de Groupama.

Adopter une conduite exemplaire

Le meilleur conseil pour éviter de dépenser tout votre argent dans l’assurance ? « Adopter une conduite prudente et éviter les sinistres », répond Christophe Sabadel, chef de produit auto et mobilité à la MAIF. Cela vous permet chaque année de diminuer la surprime jeune conducteur et ensuite de profiter de bonus. Voire chez certains assureurs, comme Axa, de bénéficier d’une remise pour bonne conduite. Baptisé « Bonus Accéléré », cela vous permet d’engranger 10 % de réduction minimum sur votre prime si vous ne déclarez aucun sinistre au cours de chacune des deux premières années d’assurance (tolérance 1 bris de glace). Attention ! Si vous êtes déclaré comme conducteur secondaire sur le contrat de vos parents, ce sont eux qui écoperont d’un malus à chaque sinistre.